enfant-autiste-diagnostique

Le syndrome autistique est à présent reconnu comme un trouble global et précoce du développement apparaissant avant l’âge de trois ans et caractérisé par un fonctionnement déviant ou retardé dans trois domaines : les interactions sociales, la communication et les comportements. Les premiers signes doivent être présents avant les 36 mois de l’enfant.

Ces domaines sont décrits dans le DSM-IV (APA, 1995) catégorie 299, et la CIM-10 (Classification internationale des troubles mentaux et des troubles du comportement, OMS, 1994) catégorie F 84 sous l’appellation de Troubles Envahissants du Développement (TED).

Les catégories du DMS-IV sont:
1. Autisme (CIM-10 : F84.0-F84.1) ;
2. Syndrome de Rett (CIM-10 : F84.2) ;
3. Syndrome désintégratif de l’enfance (CIM-10 : F84.3) ;
4. Syndrome d’Asperger (CIM-10 : F84.5) ;
5. Trouble envahissant du développement non spécifié (CIM-10 : F84.9)

Pour la CIM-10, les TED (code F84) sont définis comme un « groupe de troubles caractérisés par des altérations qualitatives des interactions sociales réciproques et des modalités de communication, ainsi que par un répertoire d’intérêts et d’activités restreint, stéréotypé et répétitif. Ces anomalies qualitatives constituent une caractéristique envahissante du fonctionnement du sujet, en toutes situations. »

Les Troubles Envahissants du Développement ont en commun une association de symptômes connue sous le nom de « triade de Wing », du nom d’une chercheuse anglaise. Celle-ci a prouvé par une étude clinique et statistique que cette association de trois catégories de symptômes survenait plus souvent que ne le voulait le hasard et donc qu’il s’agissait bien d’un syndrome (symptômes survenant ensembles). Un diagnostic d’autisme est posé si des comportements sont retrouvés dans chaque aspect de la triade.

Ces troubles sont:
1. Des troubles de la communication verbale et non-verbale
2. Des troubles des relations sociales
3. Des centres d’intérêts restreints et/ou des conduites répétitives

[1] Les troubles de la communication peuvent aller du mutisme total avec incompréhension du langage parlé et écrit et une absence de mimiques congruentes à l’humeur, à des difficultés de communication portant essentiellement sur la pertinence de la communication verbale (en particulier sur le plan de la compréhension des implicites) et non-verbale (communication gestuelle, expressions du visage) et sur l’adaptation à l’interlocuteur. Dans ce cas, le vocabulaire peut même parfois être précis, voire pédant, et le timbre de voix ou l’intonation peuvent sembler bizarres, mais ce ne sont pas des critères obligatoires.

[2] Les troubles de la socialisation peuvent aller de l’absence de recherche de contacts sociaux (même pour satisfaire des besoins physiologiques comme la faim), jusqu’à des situations où la personne cherche à avoir des amis mais ne sait pas comment s’y prendre, ou bien est une proie facile de la roublardise des autres, du fait d’une grande naïveté (très supérieure à ce que l’on pourrait attendre chez une personne de même âge et de QI comparable).

[3] Enfin, les centres d’intérêts restreints et les conduites répétitives peuvent aussi varier, depuis des situations où la personne ne va s’occuper qu’à des conduites répétitives et non-fonctionnelles (activité de dénombrement, stéréotypies gestuelles, tics, grimaces, déambulation, etc.) jusqu’à des persévérations, des difficultés à aborder d’autres sujets de conversation que les centres d’intérêts de la personne, ou des compulsions, des obsessions qui peuvent évoquer au premier abord un trouble obsessionnel-compulsif.

Il arrive dans les formes les moins sévères de TED que la personne concernée se rende compte du caractère hors du commun de ses centres d’intérêts et qu’elle développe des stratégies pour les dissimuler, ou en diminuer l’impact sur sa vie sociale. Il arrive parfois dans ces formes relativement peu sévères que ce critère soit tellement accepté par l’entourage, ou tellement atténué, qu’il n’est pas reconnu lorsque la personne consulte.

Des recommandations pour la pratique clinique du dépistage et du diagnostic de l’autisme ont été publiées(Baghdadli, Beuzon, Bursztejn, Constant, Desguerre, Rogé, Squillante, Voisin & Aussilloux, 2006) suite « à la grande méconnaissance de ce trouble dans le domaine médical » (Rogé, 2003 p. 442) et à l’hétérogénéité des signes rendant le diagnostic difficile pour des professionnels non formés. En effet, même si les comportements de la triade sont toujours présents, ils le sont à des degrés différents selon les personnes atteintes, d’où une procédure diagnostique complexe et un profil de la pathologie si hétérogène. Cette hétérogénéité dans la pathologie autistique est actuellement reconnue sous la terminologie de « spectre autistique », ce qui donne une idée du continuum des difficultés qui peuvent être rencontrées dans chaque domaine de la triade. Il est même permis, par la classification DSM-IV, d’utiliser le diagnostic de Trouble Envahissant du Développement Non Spécifié (TED-NS) pour rendre compte de situations où les troubles ne sont présents que dans deux des trois catégories de symptômes, voire dans une seule des trois.

Les recherches actuellesdans le domaine de la reconnaissance des signes évocateurs spécifiques de l’autisme dès les toutes premières années de la vie, permettent d’établir des diagnostics de plus en plus précoces et de plus en plus valides (Rogé, 1999 ; 2001 ; 2002). Actuellement, le diagnostic d’autisme est rarement établi avant l’âge de trois ans, mais certaines études montrent qu’il est possible de repérer les signes d’un Trouble Envahissant du Développement dès 12 ou 18 mois (Fombonne & De Giacomo, 2000). L’avantage majeur du diagnostic précoce de l’autisme est qu’il permet d’envisager une prise en charge précoce, favorisant une évolution positive de la symptomatologie. Ce travail précoce auprès des enfants permet d’apporter un soutien aux familles. L’intérêt d’un repérage d’indicateurs de l’autisme a aussi une visée préventive en sensibilisant les professionnels de santé aux premières manifestations de l’autisme et aux conduites à tenir (Baghdadli et al, 2006).